The most beautiful girl in the world




Un dimanche de plus se glisse dans la monotonie automnale d’un vent glacé.


Non pas envie d’une promenade le long du canal, il fait bien trop froid et de ma fenêtre, même les peupliers frissonnent, déshabillés de leur feuillage. Je dessers la table du déjeuner, puis sans conviction, je décide de mettre le nez dans la cave de mon immeuble. S’occuper, ranger, gagner de la place, et peut-être retrouver des livres que j’aimais, il y a longtemps.

Je descends les marches abruptes de l’escalier en ciment qui mènent au sous-sol. Une désagréable odeur d’humidité suinte des murs et je remarque une enfilade cadenassée de gouffres à souvenirs. Sur les portes, des inconnus ont inscrit des slogans injurieux et racistes ; je demanderai au syndic de les effacer, avant que cela ne suscite d’autres vocations.

Me voilà devant la porte en bois, je l’ouvre en dénouant une chaîne en métal toute entortillée. Je ne vois quasiment rien, car mise à part l’éclairage asphyxié de l’allée centrale, il n’y a même pas une ampoule au plafond de ce débarras et bien sûr j’ai oublié d’emmener une lampe pour cette expédition.

A l’aveuglette, je plonge tout de même les mains dans ce bric-à-brac et quelle chance, le premier objet sur lequel je tombe est justement une ancienne lampe de poche, de marque Bretton. Il suffit d’actionner la dynamo avec ses doigts pour obtenir de la lumière. Vite, quelques pressions et en quelques minutes, je distingue un peu mieux ce désordre empilé au gré des années par mes parents, sur lequel je ne me suis pas penchée depuis fort longtemps.

Des journaux anciens, certains datant d’avant-guerre, dont quelques incontournables numéros de « L’illustration ». J’en déplie un avec grand soin, je feuillette une ou deux pages jaunies et fragiles. Je ne vois plus rien, mumm mumm, coup d’accélérateur sur la dynamo qui grince, je mets de côté quelques exemplaires. Quelques minutes à peine et me voilà déjà en possession d’objets d’une certaine valeur : je crois que je commence à aimer les dimanches frileux dans les caves humides et sombres.

Des dizaines de boîtes en carton de toute taille, dont une avec un chapeau claque en parfait état. Des boîtes à chaussure empilées, certaines annotées à la main, dont l’une « diapositives Kodak, Arcachon 1971 », se dissimule au regard sous une couche conséquente de poussière. Je m’en souviens de ces diapos, mais je prendrais le temps d’y revenir. Pour le moment j’essaie surtout d’y voir clair !

Sous une pile de programmes de théâtre, je découvre une boîte en fer-blanc émaillé, dont je ne me rappelle pas du tout, que peut-elle contenir ? Zut à nouveau dans le noir, je sers frénétiquement la lampe dans mes paumes. Mais ma curiosité est attisée, d’autant que je reconnais l’écriture de ma mère sous le dessous de la boîte : son prénom et son nom de jeune fille. Et une date, août 1944.

Je remonte chez moi avec ma précieuse découverte sous le bras, sans oublier les vieux magazines. Maman n’est plus là, mais j’aimais tellement quand elle me parlait de sa vie d’avant l’horreur, comme elle disait. Les virées au cinéma Le Majestic à Bastille, le poulailler de l’Opéra, seules places accessibles pour une jeune couturière aux revenus modestes, et puis le TNP de Jean Vilar à Chaillot. Gérard Philippe éblouissant dans le Prince de Hambourg : « Il avait une voix incroyable qui vous charmait à la première intonation » répétait-elle souvent les yeux brillants.


Dans la petite boîte, une étoile jaune effilochée, un ticket de rationnement. Le passeport de Grand-Mère avec ce mot terrible « apatride » ; tiens, une carte d’identité avec la photo de maman jeune, mais étonnement affublée un patronyme très français et romanesque ; celui d’une certaine Thérèse Desqueyroux née dans le Jura, alors que l’original avait des connotations bien plus slaves et était née à Varsovie. Bien loin de Mauriac et de ses étés bordelais.

Je connaissais des bribes de ces évènements, mais les avoir sous les yeux et les tenir entre mes mains me remplit d’émotion et je souris.

Au fond de la boîte au couvercle émaillé, une autre minuscule boîte. Celle-ci est en écaille, avec de petits soufflets en feutre et un fermoir en acier ciselé d’arabesques. Une vraie petite merveille. Je l’ouvre et sur un tissu moiré repose une photo d’identité. Celle d’un soldat dont je reconnais l’uniforme, il est américain Sous la photo, est écrit avec des lettres serrés et penchées :

A le plus belle girl de le monde entier,


In time to come, we will be together again


Josh


Je suis heureuse que ma mère ait pu être follement amoureuse, vivre une histoire passionnée et partagée, l’idée me ravit. Avec Papa, c’était ce qu’on appelait un mariage de raison, la construction d’un bonheur durable et tranquille. Je détaille le visage de l’américain ; ses traits sont fins, les cheveux gominés avec une petite moustache brune. Maman était si jolie, que ses voisins de la rue Amelot lui trouvaient une ressemblance avec Ingrid Bergman, comme sur ce portrait noir et blanc façon Harcourt, pris quelques jours avant son mariage. Je savais qu’elle avait eu une demande en mariage avant celle de mon père, mais ma grand-mère s’y était opposée « parce que New-York c’était trop loin », je n’ai pas d’autres détails.

D’autres clichés reviennent bousculer ma mémoire : robe fleurie et souliers compensés, ceux d’un été joyeux à Paris, après la guerre. Rieuse dans une barque au lac de Vincennes, le rond-point des Champs-Elysées orné de banderoles ; devant l’objectif de Josh, elle semblait radieuse malgré sa silhouette amincie. A ce moment là, je n’avais pas posé de question, mais je devinais que c’était un amoureux qui avait pris ces photos. Je ne pouvais imaginer qu’il en soit autrement et c’est très bien ainsi.

J’ai remis la photo dans sa boîte minuscule avec infiniment de précaution. Depuis ce jour elle ne quitte plus le tiroir de ma table de chevet. Avec l’impression d’avoir à présent, deux anges gardiens. Dont un avec la tronche d’Errol Flynn.














Florence Esse © Novembre 09

http://florenceesse.blogspot.com

1 livre autoédité ,né d’écritures intimes, d’un blog et avec l’aide des lecteurs


« BRIBES DE VIE » est le fruit de l’histoire d’un homme qui apprend à survivre au départ d’une femme qu’il aimait.

C’est au début, une verve qui se ranime tel un volcan qui explose le jour du départ de l’être aimé.

C’est la création d’un blog d’écriture qui se nourrît des mots mus par des sensations, des émotions incontrôlables qui trouvent leurs sources aux fonds de souffrances, d'aspirations et d'espoirs. C’est une écriture où les mots couchés les uns à la suite des autres, deviendront la thérapie salvatrice, qui permettra au terme d’un combat moral et spirituel qui durera deux années, de guérir l’âme de cet homme qui cesse d’être amoureux et qui va apprendre que l’amour de son ex-femme n’était que verbal.

Cette histoire est aussi celle de gens anonymes qui sont devenus des lecteurs réguliers de ce blog d’écriture. Son intégration aux réseaux sociaux – Facebook, Blogasty et Mybloglog – leur donnera un visage. Une interaction, un partage aura lieu entre eux et cet homme meurtri par cet amour déchu.

Puis, grâce au moyen d’auto-édition, trouvé au hasard sur internet, l’idée du livre a surgi. Par la participation répétée de l’auteur à des ateliers d’écriture, cette idée prend forme. Les encouragements de certains lecteurs et la participation d’autres lecteurs du blog, devenus des correcteurs, aideront à la réalisation de ce livre.

Le choix des textes sélectionnés, et leur construction autour d’un sommaire, seront aussi douloureux que leur écriture durant ces deux années passées.

Écrire est une aventure, un voyage au delà des sens. C’est s'enfermer au cœur du temps dans une bulle de plaisir ou chaque seconde est plus intense que la précédente. Écrire est une rare liberté ou le choix des mots ouvre la porte de la sérénité.

« BRIBES DE VIE » est l’expression d'une "blog-thérapie" qui sauve cet homme, auteur, des bribes de sa vie.

Mon blog d'écriture
Les ateliers d'écriture , les impromptus littéraires
Le blog multi-auteur, le scriptorium
Le livre « BRIBES DE VIE » , télécharger des extraits

Je n'avais rien écris depuis un bon moment ici , ou chez les impromptus depuis sa version 3.

J'étais occupé à faire mon livre que j'ai auto-publié.
Ce sont vos commentaires qui m'ont donné le courage de sauter le pas et je vous dis merci.
Si je ne vous avais pas découvert amis des mots, qui sait ce qu'il serait advenu de moi.
Quelque part , vous m'avez sauvé.
Voila je tenais à vous faire part de la présentation de mon livre, que je suis en train de "semer" à travers le net, là ou je peux, blog, réseau social, site de référencement ... 

Antoine / fin

Encore tout ému par sa course à travers le musée, Antoine tentait de recouvrer ses esprits. Florence l'avait entraîné dans un salon de thé où elle semblait aussi à l'aise que chez elle. Tout était parfait : le thé, servi dans les règles de l'art et la pâtisserie maison, incroyablement fine et légère. Un délicieux parfum de vanille flottait dans l'air ; l'ambiance intime poussait à la confidence. Sans savoir comment il en était arrivé là, Antoine parla très librement de ses dernières années, de la mort de sa mère, de la dépression qui avait suivi, de son séjour en clinique et de ses espoirs tout neufs. Il se livrait à cette inconnue comme à une amie de toujours et en éprouvait un soulagement inattendu...

Si seulement le corps de Florence avait pu lui plaire aussi !... Mais il préférait ne pas trop le détailler, pour que son regard ne trahisse pas sa pensée... Impossible de s'imaginer dans les bras d'une telle femme sans que surgissent aussitôt des images obscènes... Quel dommage ! Elle était pourtant séduisante, à sa façon : tout ce qu'elle disait était passionnant ; elle s'exprimait avec une aisance impressionnante et, surtout, savait vous écouter si entièrement qu'on se sentait soudain devenir la personne la plus intéressante au monde. C'en était même troublant... Elle avait de grands yeux gris-vert qui vous fixaient sans presque jamais ciller. Au coin de sa bouche, du côté droit, une charmante fossette apparaissait lorsqu'elle souriait. Ses mains, à la fois longues et potelées, voguaient au gré des phrases comme deux oiseaux blancs qui tantôt s'ignoraient, tantôt se rejoignaient et s'enlaçaient tendrement.

La conversation avec elle était un spectacle envoûtant dont, à coup sûr, on ne sortait pas indemne... Une bouffée d'angoisse saisit Antoine en plein ravissement : et si cette femme redoutable décidait de l'enlever, serait-il capable de lui résister ? Jamais encore il n'avait éprouvé cette attirance dangereuse mêlée de répulsion. Il pensait : « C'est peut-être le moment de plonger enfin dans la vraie vie, au lieu de rester frileusement sur le bord ? »… Pourtant, quand Florence lui demanda : « J'habite à deux pas d'ici, voulez-vous passer un moment chez moi ? » il se surprit à répondre : « Malheureusement, il faut que je rentre. Mais une autre fois, oui, c'est promis »...
Elle n'insista pas. Ce n’est qu’au moment de l'au revoir, en retenant la main d'Antoine un peu trop longtemps dans la sienne, qu’elle murmura : « C'est dommage... j'aurais aimé vous connaître mieux. Il me semble que nous pourrions nous entendre »... Il faillit se jeter contre le corps effrayant, qui lui semblait soudain le plus doux des refuges ; mais une pudeur idiote l'en empêcha...

*

Antoine se sentait à la fois heureux et abandonné, prêt à pleurer comme un enfant, sur ce qu'il possédait de plus cher au monde... Une heure avec Florence avait suffi pour qu'une violente tendresse éclose en lui, exigeant la présence aimée comme un baume apaisant sur la déchirure de l'absence... Il le comprenait maintenant : il était amoureux pour la première fois. Jamais, jusqu'à ce soir, il n'avait ressenti ce désir de se donner tout entier, de se confondre avec l'autre, de se perdre peut-être...
Mais aucune peur ne l'arrêterait plus désormais, il le savait. Quelque chose venait de s'ouvrir en lui, si soudainement qu'il ne se reconnaissait pas encore tout à fait dans cet homme confiant et déterminé, qui prenait la place de l'Antoine hésitant et craintif de naguère... Un miracle s'était produit, comme une autre naissance et plus personne, aujourd'hui, ne lui reprocherait d'être là et de jouir d'un monde si beau, plein de richesses et d'amour...

L'excitation le tint éveillé jusqu'au matin ; puis il s'assoupit enfin, dans les bras mœlleux de Florence... Elle dégageait un parfum extraordinaire, évoquant un irrésistible gâteau à peine sorti du four : vanille et chocolat chaud, mêlés de cannelle et d'amande ; c'était à mourir de délectation... Antoine se voyait immergé dans un flot de chair laiteuse et tiède. Tout son corps était pénétré d'une douceur indescriptible. Soudain, le plaisir fut si fort qu'il poussa un hurlement terrible, entre rire et sanglot. Puis il s'éveilla et sa déception fut grande. Il enfouit son visage dans l'oreiller, murmura le prénom de l'aimée pour la faire apparaître de nouveau ; mais non, elle s'était évanouie...
Le téléphone sonna. Ne pas bouger, goûter encore un peu cette chaleur merveilleuse... Retrouver les sensations du rêve... Et si c'était elle ? Il jaillit d'entre les draps, courut jusqu'au salon, mais trop tard... C'était forcément elle, il le sentait... L'appeler tout de suite et la revoir, très vite...

*

La forêt prenait des allures fantasmagoriques, ce matin-là et la voiture filait entre les arbres aux cimes couronnées de brouillard. Antoine flottait sur des hauteurs insoupçonnées de lui la veille encore. Il se sentait léger, débarrassé de toute appréhension, prêt à commettre toutes sortes de folies et même à braver les critiques et les regards hostiles... Florence avait dit : « Moi non plus, je n'ai pas beaucoup dormi, je pensais à vous... Oui, venez vite »… C'était si bon de se savoir attendu et de savourer ce moment qui précède l'accomplissement du désir !...
Ce serait, comme dans le rêve, une volupté inouïe... Mais surtout, il ne serait plus jamais seul désormais, car elle l'accompagnerait à chaque instant. Il vivrait pour la rendre heureuse et s'épanouirait lui-même en donnant... Au fond de lui sommeillaient des trésors de tendresse et de douceur, qu'il allait enfin pouvoir prodiguer. Marie-Laure le savait bien, qui lui disait autrefois : « Celle que tu aimeras aura bien de la chance »... Et voilà, il l'avait trouvée et, dans quelques minutes, leurs lèvres s'uniraient pour un premier baiser...

La descente sur Rouen commençait. Du haut de la côte, on apercevait la ville et la Seine sous un ciel immobile et terne, présage d'une petite bruine persistante. Mais rien n'entamerait le bonheur d'Antoine... Son cœur battait à tout rompre. Soudain, une douleur fulgurante lui déchira la poitrine, irradia son bras gauche et sa main. Il lâcha le volant, ouvrit la bouche pour crier, mais aucun son ne sortit...

*

Les deux sœurs d'Antoine vinrent de Paris. Son corps fut incinéré au Cimetière monumental de Rouen et ses cendres dispersées au « Jardin du souvenir »...
C'était une belle journée d'Automne. L'air lumineux et frais sentait bon l'humus et la feuille fanée. Dans l'herbe encore bien verte, gisaient quelques marrons brillants et lisses. Adrien Katz en choisit un, qu'il réchauffa longuement au creux de sa paume, avant de le glisser dans sa poche...




 
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